L'histoire de Saint-Maxime-du-Mont-Louis

Voici un bref historique des débuts de Mont-Louis. Il est certain que cet historique n’est que partiel et des ajouts seront réalisés dans les mois à venir.

La période préhistorique

Bien avant que des Européens aient circulé le long des côtes gaspésiennes, des Amérindiens avaient déjà occupé et exploité le territoire où se retrouve maintenant le village de Mont-Louis. Pour toute la période préhistorique, seule l’archéologie peut amener des informations sur ces premiers occupants. Comme les recherches archéologiques ne font que débuter, tout reste à faire et à apprendre. La découverte de matériel lithique sur le site DhDK-1 en est que la pointe de l’iceberg. Face à ces découvertes et dans l’état des recherches, on peut cependant affirmer que des Amérindiens ont bel et bien habité au Mont-Louis, plus ou moins ponctuellement et depuis au moins 1000 ans.

 

16e siècle.

Au 16e siècle, Jacques Cartier, le 15 août 1535, passa en vue du secteur des Mont-Louis, jour de Notre-Dame où il rencontra l’un de ses principaux caps, le cap des Monts-Notre-Dame, vis-à-vis Sept-Îles. Ce cap correspond vraisemblablement au Cap-aux-Corbeaux avant qu’il soit massivement dynamité dans les années 1920. Par la suite, mais aussi avant, il est probable que d'autres navires ont côtoyé les côtes, que ce soit des pêcheurs basques, d’autres d’origine européenne, ou alors tout navire circulant entre Québec et l’Europe où, en suivant les routes de navigation, on passe en vue des Mont-Louis. De leur côté, les Amérindiens continuent, sans changement majeur, à circuler sur le territoire, l’exploiter et y loger. Ils vont être présents dans la région de Mont-Louis jusque dans la seconde moitié du 20e siècle, où depuis l’époque française ils circulent, côtoient et échangent aves les habitants de Mont-Louis d’origine européenne.

 

Début du 17e siècle.

Des gens de la région de Québec commencent à venir pêcher à Mont-Louis pour ses eaux très riches en poisson, dont en morue, l’une des principales ressources de la colonie avec les fourrures.

 

1688-1689.

Denis Riverin est chargé par le roi d’installer une pêcherie sédentaire dans le fleuve Saint-Laurent et d’y créer un poste permanent. Suite à des tentatives réalisées à Matane et ailleurs, c’est finalement à Mont-Louis qu’il décidera d’installer son poste principal pour desservir l’ensemble de ses pêches se situant dans la région.

 

1689-1696.

Ce fût la première vague de développement. On apprend dans les documents d’archives qu’en 1689 Denis Riverin exploite à Mont-Louis un poste permanent qui sert à l’ensemble de ses pêcheries situées dans le fleuve Saint-Laurent. Ce lieu allait être la plaque tournante pour entretenir et développer ses installations, y réaliser la traite des fourrures, l’exploitation de la forêt, la pêche à la morue, chasser des mammifères marins, tels le phoque et la baleine, et tenter d’exploiter l’ardoise. Le lieu s’impose aussi comme un poste de ravitaillement pour des navires allant en France ou vers Québec, un lieu offrant secours et le meilleur des ports dans la région. Riverin va s’associer avec des marchands de la métropole pour expédier en France, mais aussi potentiellement dans les Antilles, son poisson et les autres produits de la seigneurie. En contrepartie, il recevait directement de la France un approvisionnement nécessaire pour la pêche et du vin. Pour ce qui est du marché de Québec, Riverin s’en chargera.

 

1696-1719.

Dans une volonté de mettre encore plus d’avant le développement de l’établissement de Mont-Louis, notamment pour en faire une nouvelle colonie, Riverin se rendra compte qu’il ne pourrait pas développer seul une industrie dans toute une région : il formera avec des bourgeois de Paris, Nicolas Bourlet, dit l’aîné, et Étienne Magueux, une nouvelle compagnie, la compagnie du Mont-Louis. Les associés y investirent des fonds, tandis que Riverin mettait dans cette société les droits qu’il a obtenus du roi pour l’établissement du Mont-Louis, mais aussi son navire, la Coulombe. C’est Riverin qui sera le directeur de la compagnie jusqu’à l’arrivée d’un replaçant en 1700. Aux habitants des tout débuts, de nombreuses nouvelles familles vont s’y greffer. En 1700, on dénombre dans la seigneurie une centaine d’habitants permanents vivant de l’agriculture et de la pêche, mais aussi des employés permanents et des pêcheurs saisonniers. Les terres sont distribuées ainsi : un domaine seigneurial près de la mer (le barachois), le village qui se retrouve plus à l’est, les fermes des censitaires le long de la rivière du côté est et un second domaine seigneurial du côté ouest. Parmi les bâtiments recensés, il y a notamment une forge, un moulin, une chapelle, un fort, un manoir, un magasin, des entrepôts, des maisons, des étables, des chafauds et des vigneaux. Le développement de la seigneurie se porte à merveille jusqu’en 1700, où les deux associés de Riverin en France décidèrent de renvoyer Riverin du poste de directeur de la compagnie pour nommer à sa place Jean Clermont de la Galière. Parallèlement, Pierre Haimard sera nommé administrateur et représentant des intérêts des sieurs Bourlet et Magueux. S’ensuivit une série de discordes entre les associés notamment à ce qui a trait à l’orientation donnée au poste, des politiques expansionnistes au profit des fourrures et l’effort mis pour le développement des pêches sédentaires dans le fleuve. Il y eut une reprise de force de Mont-Louis par Riverin, une série de poursuites en cour et une décision finale de Denis Riverin de se retirer de l’exploitation de Mont-Louis. Il vend à ses associées ses parts de la compagnie. Clermont demeurera comme administrateur à Mont-Louis jusque vers 1706. Pierre Haimard prendra la charge supplémentaire de directeur à la tâche d’administrateur qu’il occupait depuis 1699. Des familles demeureront toujours à Mont-Louis, telle la famille Boissel, mais aussi les engagés annuels ou permanents et, l’été, les pêcheurs saisonniers.

 

1719-1723.

En 1719, la seigneurie changera officiellement de mains. C’est Pierre Haimard qui achètera la seigneurie de Mont-Louis aux deux derniers actionnaires de la compagnie du Mont-Louis, le sieur Boulet et la succession du sieur Magueux. Ce sera un marchand de La Rochelle qui lui avancera les fonds. La seigneurie ne semble toutefois pas changer de mode de gestion. Haimard poursuit ses activités qui ont débutées il y a plus de 10 ans.

 

1723-1753.

Pierre Haimard décidera en 1723 de céder à sa femme Louise Guillot et son beau-fils Louis Gosselin, issus d’une union précédente de sa femme, la seigneurie de Mont-Louis et Paspébiac, suite à une maladie lui paralysant la moitié du corps. À cette époque, Louis Gosselin travaillait déjà pour Haimard. Il occupe vraisemblablement le poste de directeur des installations en Gaspésie. Au fil des ans, il résidera soit à Mont-Louis ou à Paspébiac. Comme à l’habituel, des employés permanents et des habitants demeurent à Mont-Louis pour entretenir le poste et préparer la pêche pour la saison suivante, que ce soit pour les pêcheurs habitant à Mont-Louis, les saisonniers ou alors ceux indépendants. Cette donation du sieur Haimard ne fera pas que des heureux : sa famille demeurée en France porta en justice cette donation en ne la reconnaissant pas. Les affaires traineront jusqu’en 1753, où, suite à un jugement de la cour, les profits de la vente des seigneuries de Mont-Louis et de Paspébiac seront redistribués aux divers partis.

 

1753-1766.

En 1753, le boucher du roi et futur manutentionnaire, Joseph Cadet, s’en porte acquéreur. Pour ce faire, il s’associe avec Michel Mahiet qui allait devenir le nouveau directeur de l’établissement du Mont-Louis, tout en résidant sur place. Ce dernier fera construire selon la tradition orale de nombreux bâtiments de briques. Le poisson pris à Mont-Louis et dans la région et acheminé au domaine seigneurial servait à la fois pour le ravitaillement des troupes, mais aussi pour desservir le marché de Québec, de France et des Antilles. Suite à certaines critiques de Mahiet envers Cadet, qui selon lui n’investissait pas assez d’argent dans la seigneurie qu’il le devrait, mais aussi dans un contexte de guerre imminente, Michel Mahiet rachètera la seigneurie de Cadet au printemps 1758. Cette même année, le 19 septembre 1758, l’armée anglaise, en vue de la prise de Québec, prend le village de Mont-Louis. Les Anglais, en remontant la côte depuis Gaspé à pied, prennent par surprise le village durant la nuit. Le matin venu, l’établissement et le village sont à leur merci. On y dénombre 85 résidants, des fermes, des maisons, des entrepôts remplis, ainsi qu’un manoir. Lors de la prise, une partie de la population, le nouveau seigneur et ses proches, sera déportée et, selon la tradition orale, l’autre partie des habitants se serait réfugiée dans les terres, possiblement sur les fermes ou le second domaine. Suite à un défaut de paiement de la seigneurie par Michel Mahiet, elle sera revendue par Cadet en 1766. Toutefois, la prise de Mont-Louis n’est pas la fin de ce village : des personnes y demeurent et des entrepreneurs s’y réinstallent rapidement.

 

1766 à aujourd’hui.

La seigneurie de Mont-Louis sera revendue à Zachariah Macaulay et John Lées, des marchands de Québec. Les années suivant la conquête sont marquées par de nombreux changements de propriétaire et par le développement graduel du village, notamment par la volonté de la population de demeurer à Mont-Louis. Rien ne semble changer, les gens occupent le village, on y pratique la pêche, l’exploitation de la forêt et de la terre. On y réside toujours et on y pêche. Ces pêcheurs sont autant associés aux grandes entreprises des seigneurs et de marchands pour y maintenir une pêche sédentaire qui emploie à la fois habitants et pêcheurs saisonniers, mais aussi de gens de l’endroit qui développaient des petites entreprises indépendantes, où l’on produisait nous-mêmes la morue et revendait la production à des marchands, comme ce qui se faisait à l’époque de Riverin. Au cours du XIXe siècle, on voit aussi s’y établir trois firmes jersiaises : les Hyman, les Fruing et les Lebouthiller. Cette industrie, principale source d’exportation jusque vers 1927 où une importante industrie forestière débuta ses activités sur le domaine seigneurial (barachois), la Mont-Louis Seignory, demeura dans le village. Cette industrie demeura en activité jusque vers 1950, au moment où cette compagnie ainsi que l’ensemble de la seigneurie passèrent à des mains allemandes (Blanchette. 1984 : 187-195). La seigneurie ne fut rachetée par le gouvernement du Québec qu’en 1970.    

 

    Bref, l’histoire de Mont-Louis et son occupation est ancienne et riche, mais il est important de mieux la connaître et de dépasser les limites des quelques écrits qui nous restent.